Elie

De Bichkek à Bangkok en passant par Almaty

J’ai retrouvé les plaines du Khazakhstan entre Bishkek et Almaty.

Un abris pour la nuit
Le Kazakhstan a beaucoup de pétrole mais commence à investir dans l’éolien

Je suis ensuite partis pour le Canyon de Charyn en attendant de prendre l’avion le 20 octobre pour Bangkok.

 

Se réveiller au milieu des moutons
j’ai ressortie la slackline avec 3 suisses voyageant aussi à vélo.

Au retour à Almaty, nous avons mis nos vélo en boites et sommes partis pour la Thaïlande.

Et la nourriture est plutôt épicé !!

 

 

 

Elie

« Maps.me » contre l’univers (Osh – Bishkek)

Après un mois d’attente des visas chinois et des pièces de rechange à Osh, c’est plein d’enthousiasme que je me remets en route pour Bichkek avec en tête des interrogations. Avion, Transsibérien, visa chinois à Astana ? Par quel moyen vais-je rejoindre l’Asie du Sud-est ?

Premier jour et déjà première rencontre dans le champ où je veux planter ma tente. Un jeune Ouzbek m’invite chez lui. Une fois à la maison, les 2 neveux 2 et 3 ans de l’homme qui m’a invité m’appellent « ata » (papa en ouzbek) en me voyant, car leur père travaille à Moscou et ils n’ont pas de souvenirs de lui. C’est donc la grand-mère qui prend soin d’eux comme dans beaucoup de familles au Kirghizstan.

 

Le lendemain, je rencontre Birgit sur la route, une cycliste d’origine sud-africaine et allant dans la même direction, nous décidons de faire un bout de chemin ensemble.

Nous choisissons de prendre un « raccourci » passant tout droit dans la montagne, que mon application GPS appelée Maps.me (utilisé par tous les cyclistes) m’indique plutôt que de continuer sur la route principale beaucoup plus passante. Nous nous disons que cela sera plus rapide et plus joli.

Alors commencèrent les « signes » nous avertissant de ne pas poursuivre par ce raccourci indiqué par Maps.me, j’appelle cet ensemble de signes « l’Univers ».

Le premier de ces « signes » est donné par un vieux pompiste de station-service nous indiquant que dans la direction que nous prenons, « Bichkek niet… ». Et ce ne fut que la dernière personne à essayer de nous dissuader, mais ayant toute confiance en notre carte, nous continuons avec notre plan initial.

Le second jour sur la route de ce « raccourci », un chien tente de me retenir en agrippant (et déchirant) une de mes sacoches. Heureusement Birgit a certains talents de couturière et me la recoud.

Nous nous perdons dans les montagnes en suivant notre carte. Nous finissons sur des sentiers de chèvres et poussons nos vélos pour rejoindre le versant opposé.

 

Nous plantons nos tentes pour une nuit pluvieuse. Et au matin nous nous réveillons au milieu d’un troupeau de moutons. Les sympathiques sentiers de la veille se transforment en enfer pour cycliste. La boue se colle en paquet entre les freins les roues et les garde-boues. Il faut alors s’arrêter tous les 20 mètres pour l’enlever. Et c’est donc après 3 heures de poussée dans la boue pour faire 4 km que nous atteignons un pont, la dernière épreuve avant la route faite d’asphalte.

La route est plus simple maintenant. Nous atteignons le dernier village avant la route principale 50 km et une passe à 3200 m plus loin. Nous y sommes accueillies par une grand-mère vivant avec ses petits enfants (à nouveau). D’abord un peu méfiantes, nous sommes rapidement adoptées grâce à mes rudiments de russe.

Mais au matin, alors que les chiens, la pluie et les avertissements des Kirghiz ne nous avaient pas arrêtés, la neige qui tombe met fin à nos derniers espoirs de pouvoir passer le col à 3200 m (sachant que nous ne sommes qu’à 1500 m environ).

Heureusement, l’univers est miséricordieux, nous embarquons dans le camion du fils de notre maman d’adoption qui part vendre une de leur vache à la foire aux bestiaux du coin. C’est donc un retour de presque 4 jours en arrière.

 

Après ce détour dans les montagnes, l’univers nous doit quelques kilomètres et commençons à faire du stop pour nous avancer de quelques dizaines de kilomètres. Nous passons alors au bord du réservoir de Tortogul.

Réservoir de Tortogul

Nous demandons au chauffeur qui nous a transportés jusqu’ici de nous déposer au col de ala bel. Après 70 km de montée savourés à travers la vitre du camion, nous pouvons descendre tranquillement en profitant du paysage. Birgit avait laissé ses gants à Osh car elle ne pensait pas avoir à nouveau froid après le Tadjikistan. Après 15 min de vent glacé, elle choisit de repartir en stop pour Bichkek (le premier camion qui passe s’arrête et l’emmène).

la neige recouvre le premier col alors que nous étions en T-shirt le matin même

Je campe donc seul au milieu de ce plateau devant le dernier col avant Bichkek. C’est la nuit la plus froide jamais expérimentée en tente pour moi. Mais je m’y attendais et le froid fut supportable grâce aux vêtements en laine et à ma cagoule.

au matin, le gel recouvre la tente

La plupart des nomades qui vivent en été sur ce plateau le quittent chaque année fin septembre à cause du froid. Je ne rencontre donc pas grand monde en ce début d’octobre.

Il reste encore quelques personnes vivant sur le plateau

 

J’atteins le haut du col sous la neige en fin d’après-midi et mets mon vélo dans un camion pour passer le fameux tunnel que tous les cyclistes rencontrés sur la route m’ont recommandé de ne pas faire à vélo. Apparemment il est difficile d’y respirer à cause des gaz d’échappement.

Après une heure d’attente devant le tunnel, j’apprends qu’un accident y a eu lieu. Et le temps que le véhicule soit évacué, 5 heures passent et il fait nuit.

Tunnel soviétique sans ventilations.

Nous traversons enfin le tunnel et nous retrouvons dans un blizzard. Je n’avais jamais vu ça, le vent qui siffle en entrant dans le camion et la neige tombant à l’horizontale m’impressionne. Je suis alors bien content d’être à l’intérieur.

Je désenchante vite quand le camion dérape et s’enfonce dans un tas de poudreuse. Il faut alors sortir… Le vent est tellement fort que j’ai du mal à tenir debout et je ne peux pas y faire face car les cristaux de glace fouettent les yeux et le visage, il faut alors creuser devant les roues du camion. J’arrête une voiture puis une autre et grâce à la force de 10 hommes nous arrivons à tirer le camion hors de la neige. Je rentre trempé et gelé dans le camion. Et après 50 km de descente et 2000 m plus bas, il fait plus chaud. Je demande alors au chauffeur de me déposer ici et plante enfin ma tente alors qu’il est deux heures du matin.

J’atteins Biskek le lendemain et y rencontre d’autres cyclistes dont William et Jailen (2 frères originaires d’Aruba, une ile des caraïbes). Je n’y reste qu’une journée le temps de prendre mon billet d’avion d’Almaty pour Bangkok et d’essayer d’obtenir une carte bleue (jusqu’à présent nous en utilisions une pour deux avec Tizian).

Je prends mon billet d’avion le même jour que Birgit, William et Jailen et nous prévoyons de rouler ensemble en Thaïlande.

Cette étape fut assez compliquée d’un point de vue météorologique, mais j’ai beaucoup aimé devoir me battre contre les éléments ! Et puis je suis très content de pouvoir me familiariser avec l’appareil photo envoyé pour moi à Osh par Valentin.

 

Par Tizian

1969 : Soviet cars to sell

On the way to Bishkek I met Bektemir, he is car mechanic and repairs some old fancy cars, driven by the former Soviet elite.

 

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Day 412 : Osh and lot more (1)

Osh is situated in the Fergana valley, 300 km as the crow flies from Bishkek (capital of Kirgizstan).This city of 270,000 inhabitants is also called « capital of the South » of Kyrgyzstan.

Osh is a city where – as a traveller – you do not plan to stay for longer. Although it has a lot to offer even though it is not visible at first sight. Belong other things it will surprise you by its diversity. (47.9% were Kyrgyz, 44.2% Uzbeks, 2.5% Russians, 2.2% Turks, 1.1% Tatars and 2.1% other nationalities according to national statistic in 2009). Second largest city of Kirgizstan. Osh is globally known for the inter-ethnical clashes between Uzbek and Kirgiz people that occurred in 2010 where around 500 people tragically encountered death.

As I am interested in the topic living together in diversity, I focused on how that happened and why it did not happen before. To discover this I interviewed different people. Particular interesting was the one with Nazira* and her daughter, Aida*. They respectively defined themselves as Uzbek for the mother and Kirgiz for the daughter. This is partly linked to a heritage of the Soviet Union administrative system, in which a strong brotherhood ship ideology was cultivated and partly linked to the more traditional Kirgiz culture.

Indeed during soviet times there was a difference between nationality – defined by the ethnicity and the citizenship. “We were all equal. All brothers and sisters. I could travel to Moscow and I would easily find some people to help me out, nowadays it’s different” is telling me Nazira.

After the collapse of the Soviet Union every independent state is creating its national state and national feeling.  It is often characterised by the creation of strong national symbols and a national history based on an old heritage. The memory of a dethroned empire, glorified and mystified. The processus of creating a national state is often ethnified, and based on the legitimacy that they represent the majority of the fellows in the country. It means that the government somehow define two categories of citizens, for instance the real Kirgiz with a Kirgiz citizenship and the second zone citizens the ethnical minorities Uzbeks, Russians, Tatars, Germans. These minorities are discriminated in term of access to higher political spaces, or to find an employment in some specific sectors, but also on a symbolic way respective to their culture seen as non Kirghiz.

As Nazira married a man from a Kirgiz family and get children with him, her children are considerated as Kirgiz too, according to the traditional laws. Nevertheless, at home there is a big Uzbek cultural influence with the food or the music explains Nazira to me. While growing up my children were facing indirectly the conflict between Uzbek and Kirgiz people, then they asked me “Mom why can’t we be both? Why can’t we be metis ?”. Here the etymological sense in ancient Greek of metis makes all it sense: smartness/ advice

Multi-ethnic families are in my opinion a great example of tolerance and comprehension as a ideal for the two neighbour countries to follow nowadays. During my stay the president of Uzbekistan visited Bishkek for the first time in seventeen years, a few days later the border between Uzbekistan and Kirgizistan called Dostouk / Dostlyk (meaning friendship respectively in Kyrgyz and Uzbek language) 5 kilometers far from Osh has been reopened after seventeen years.

This is a huge and positive step for families torn by a border than does not make sense at all. It also allows the replacement of smuggling by a more official trade.

A good evolution is in perspective !

*names are changed

Par Tizian et Elie

Jour 396. 10236km. Enquête d’identité reprend son souffle.

 

Celà fait plus d’un an que l’aventure a commencé . Un peu plus d‘un an que nous poursuivons ce rêve. Le cul vissé sur la selle, la tête dans les nuages. Un peu plus d’un an pour arriver au Kirghizistan, un pays que nous n’aurions pas su situer sur une carte il y a quelques mois .

Le retour de Valentin en France nous a laissé une vive impression de solitude. Un goût amère sur les lévres. Valentin, notre compagnon de route, notre ami, notre frère d’ésprit a toujours été un élément moteur de notre projet, que celà soit par son implication sans limites, sa patience ou par sa volonté qui porte, qui emporte et qui vient du coeur.

C’est en ces temps difficiles, avec plein de questions en tête, que nous sommes arrivés à un point de transition géographique. Nous nous apprétons à passer du dernier pays de l’ex-union soviétique de notre voyage, à la Chine, l’asie du sud-est et l’Australie.

 

Plateau de la Bartang Valley 4000m Altitude

 

Ces mois de traversée de l’asie centrale furent intenses pour chacun d’entre nous, nous occupant à vivre l’instant présent plutôt qu’à le passer dans les rares points d’accès internet que nous croisions afin de partager nos expériences. L‘environnement parfois inhospitalié, allant des 50 degrés des déserts kazakhstanais et ouzbek, aux froides nuits neigeuses des hauts plateaux du Tadjikistan furent souvent compensés par l’hospitalité des individus y habitant.

Désert du kazakhstan

 

Nous attendons actuellement nos visas chinois et les pièces de rechanges pour nos vélos malmenés par les pistes. Cette pause nous permet de prendre un temps de réfléxion dont nous avons besoin.

Entre autre nous voudrions nous recentrer sur le partage de notre aventure de tous les jours en créant des articles sous un format de blog. Nous voulons partager un contenu plus diversifié (vidéo, rencontres, photos , créations…) plus régulièrement . Pour celà, notre site internet est en rénovation et vous serrez informés à la fin des travaux.

Nos pensées vont à toutes celles et ceux qui nous soutiennent, nous suivent et tout particulièrement à Valentin.
Nous sommes de tout coeur avec lui.

Elie & Tizian

 

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Newsletter Asie centrale

Newsletter Asie centrale

Le soleil est haut dans le ciel. Voilà des heures que je pédale, l’horizon ne semble pas avoir bougé. Toujours le même cailloutis recouvert d’une végétation rase, la steppe s’étend à perte de vue. Les nuages sont comme des moutons occupés à paître l’horizon inatteignable. Le vent assèche ma gorge, le soleil mord le moindre coin de peau qui lui est exposé. Mon ombre coure devant le vélo, qu’est-ce que j’aimerais la rattraper pour pouvoir me coucher dans ses bras quelques instants… La sombre cicatrice du macadam défigure la plaine, les bornes kilométriques défilent, j’en ai perdu le compte depuis longtemps… Le soleil est haut dans le ciel. Premiers pas en Asie centrale. Bonjour !

Le vent, le soleil et la route, Kazakhstan :

Ici nous sommes dans le royaume du vent, et le souverain fait payer un lourd tribut à quiconque souhaite traverser ses terres. Chahutant le vagabond, lui hurlant sans relâche dans les oreilles, asséchant ses lèvres et sa gorge… Ses sujets, les chevaux sauvages et les rapaces voguent librement au grès de son souffle erratique.

Il n’y a que la nuit lorsque le suzerain s’endort, que les grillons-ménestrels, les chauves-souris-danseuses et les voyageurs peuvent en profiter pour vaquer à leurs occupations. Au bout de quelques jours, fatigués de ses morsures et de l’harassante chaleur qu’il jetait sur mes épaules, j’ai décidé de faire faux bon à l’astre solaire. Je l’ai abandonné pour ses sœurs noctambules, plus distantes, elles dansent, cours et éclairent mes rendez-vous nocturnes avec ma nouvelle compagne de voyage, la lune. Elle m’apparait, claire, pure, dans sa robe d’albâtre, ou bien rousse de gêne lorsque je la surprends a son levé. Celle à qui je chante ma mélancolie est d’entre tous les astres nocturnes la plus belle. Elle jaillit de l’horizon après l’enterrement du soleil dans la plaine. Le dieu Hélios suivi de sa procession funèbre des nuages qui accompagnent sa mise en terre, et le ciel revête alors sa tenue de deuil pourpre et or.

L’enterrement de l’astre solaire dans la steppe, suivis de sa procession funèbre de nuages parés pour l’occasion de leurs costumes pourpres :

Les journées défilent et se ressemblent. Au bout de quelques jours de route, j’ai décidé de basculer à un mode de vie nocturne. Le soleil et ce chien de vent ont eu raison de mon corps et de ma détermination. J’arrachais difficilement 60 km par jour en me brulant la peau et en épuisant mon lexique d’insultes à l’encontre du souffle du zéphyr qui contrariait ma progression. Je pars désormais lorsque le soleil tombe, c’est tous les soirs le spectacle fabuleux offert par l’Ouest. L’enterrement de l’astre solaire dans la steppe, on a alors l’impression que celle-ci va s’enflammer a son contact. Les hordes de chevaux sauvages s’enfuient au galop à mon passage, moments magiques. Quelques heures après c’est la lune qui prend la relève, elle commence son ascension céleste dans sa robe vermeille puis palie progressivement au cours des heures. On a l’impression de se tenir sur le rebord du monde.

J’engloutis goulument mes 70 à 80 km de route dans la nuit. Le silence nocturne n’est troublé que par les cris lancinants des trains qui passent au loin, et les feux arrière des rares camions qui me dépassent sont comme une procession de lucioles dans la plaine. La journée je dors à l’ombre des abris bus qui parsèment la route au croisement de l’asphalte et des pistes de sable qui s’enfoncent vers des villages perdus. Je roule un peu en journée pour me réapprovisionner en eau et en nourriture dans les villes qui s’égrènent sur la route.

Ces villes bâties ex nihilo du temps de l’ère soviétique, d’anciens kolkhozes censés apporter la « civilisation » à ces fiers peuples nomades. Prisons de béton, 4 murs et un toit, une sédentarisation forcée qui a annihilée en l’espace de quelques générations toute la culture et les traditions associées au nomadisme. Un peuple amputé d’une histoire qui ne s’écrivait pas mais qui se transmettait, et de son mode de vie séculaire. Les blocs gris sont bien moroses en comparaison des rares yourtes bariolées qui subsistent çà et là. Et le regard éteint des hommes assis sur le seuil des portes est d’une tristesse affligeante.

Cimetière dans le désert, Kazakhstan :

Je suis revenu à un mode de vie diurne lorsque la route s’est transformée en piste. Les ravines et les nids de poules ne permettant plus de naviguer à la simple lueur des étoiles. Conditions de voyage difficiles sur cette piste en terre, les points d’approvisionnement se font plus rares et la seule ombre que je trouve pour échapper aux brulures du soleil méridien n’est bien souvent que celle offerte par le cadre de mon vélo.

Sur la piste, Kazakhstan :

La solitude occupe le plus clair de mon temps. Sœur de la liberté, nourrice de la mélancolie et pansement des peines. C’est dans ces moments que la mémoire vient à notre rescousse. Une tête en voyage est une cantine d’exode remplie de vieux papiers. On la transporte partout, on y puise des souvenirs comme on fouillerait dans une caisse. Les regrets, les amours, les espoirs, les rêves et les peines. Tout ce fatras trainer dans le sillage d’une vie et contenu dans notre boite crânienne comme dans une malle d’archive. Car prisonnier de l’espace, les barreaux d’horizon se scient à la lime de la patience. Il n’y a que le temps qui vient à bout de l’espace immense.

L’horizon intouchable, Kazakhstan :

Mais bientôt j’abandonnerai ma solitude pour retrouver mes compagnons de voyage, mes évadés de la routine, mes assoiffés d’azur, les amants de la liberté.

Bon vent à toutes et à tous !