Par Tizian

Le 18 décembre dernier, je me suis décidé à…

Le voyage c’est avant tout une capacité à pouvoir se projeter dans l’imprévisible, dans l’inconnu. Cela demande une force considérable de se jeter hors de sa zone de confort, au-delà d’une impulsion animée par une envie soudaine, il s’agit d’un rêve de liberté qui se régénère chaque jour.
Cependant, les gens changent, les choses changent, le contexte change et les rêves évoluent…

Comme je l’ai annoncé dans la dernière vidéo transsibérienne, je souffre d’une tendinite rotulienne chronique depuis quelque temps, chose assez commune chez les cyclistes. Seulement ce handicap incarne le non-sens complet quand il s’agit de réaliser un tour du monde pour la plus grande partie à vélo. J’ai bien essayé de me soigner sur la route, mais l’inflammation revient implacablement au bout de quelques kilomètres.

Parallèlement, il y a eu le départ de Valentin et la séparation avec Elie, ces deux évènements m’ont beaucoup remis en question quant au projet d’Enquête d’identité et plus particulièrement au sujet du film. Qu’est-ce que j’ai envie de défendre ? Quel but je poursuis avec ce projet ? Et puis, qu’ai-je envie de faire par la suite ?

J’en ai conclu que la réalisation du film sur le vivre ensemble dans la diversité, telle que nous l’avions imaginé avec Valentin, jusqu’ici, me tenait très à cœur. Je sens comme une nécessité de mener à terme ce projet, qui fait plus que jamais sens, dans un monde ou les idées nationalistes, les principes de compétition et de domination stigmatise l’Autre et cultive un discours sécuritaire fondé sur la peur.
Cela étant dit, c’est une mure réflexion qui m’a décidé à revenir en France, ce choix n’a bien évidemment pas été facile, ce qui explique peut être le silence radio de ces dernières semaines, mais il a sans doute été le plus cohérant et le plus juste vis-à-vis de moi-même et du projet.

C’est avec une énorme joie et le cœur gros que j’ai revu une grande partie de mes amis proches, mon frère d’aventure et ma famille, des visages que pour certains je n’avais pas revus depuis plus d’un an et demi. Je redécouvre à quel point il  est bon de serrer quelqu’un que l’on aime dans ces bras.

 

J’ai appris beaucoup sur moi-même et également un peu sur le monde durant ce voyage, j’ai compris mon métissage et découvert une certaine forme de sérénité en moi, et pourtant à peine rentré je recommence à douter. Cette expérience a telle réellement existé ?
Tant d’élévation et d’apprentissage ne peuvent que paraître insensés, lorsque jetés soudainement à nouveau dans la vie quotidienne, dans le sédentaire, vie que la majorité des personnes qui ont éclairé mon voyage pourtant menaient, m’écrit une amie.

Peut-être est-ce la marque de la violence du retour en avion ? Chose que je n’avais vraiment pas imaginé comme une option il y a peu… Ce qui est sûr c’est que revenir est un processus qui prend du temps, mais si j’écris ce message c’est bien parce que je me sens prêt à pouvoir vous rencontrer autour d’une présentation, ou d’une exposition, pour partager ensemble autour de ce voyage.

Pour les deux prochains mois, je pendulerai entre Paris et Le Mans, pour me soigner ainsi que pour commencer à éditer le film avec Valentin. L’aventure ne s’arrête pas là bien au contraire, nous allons mettre les bouches et double pour la réalisation du film retraçant cette expérience de vie, cette réflexion, cette quête de réponses.

 

Je tiens à remercier toutes et tous ; celles et ceux qui ont rendu ce voyage possible. Je vous souhaite une généreuse et douce année, puissiez-vous avoir plein de rêves et en réaliser quelque un, comme disait l’autre.

Mes pensées vont également à mon autre frère d’aventure, quelque part à l’autre bout du monde. Je suis de tout cœur avec lui. Le temps nous dira si je le rejoindrais un jour. Sinon sera la fin de cette aventure et le début d’une autre.

Amicalement vôtre,

Tizian

Elie

De Bichkek à Bangkok en passant par Almaty

J’ai retrouvé les plaines du Khazakhstan entre Bishkek et Almaty.

Un abris pour la nuit
Le Kazakhstan a beaucoup de pétrole mais commence à investir dans l’éolien

Je suis ensuite partis pour le Canyon de Charyn en attendant de prendre l’avion le 20 octobre pour Bangkok.

 

Se réveiller au milieu des moutons
j’ai ressortie la slackline avec 3 suisses voyageant aussi à vélo.

Au retour à Almaty, nous avons mis nos vélo en boites et sommes partis pour la Thaïlande.

Et la nourriture est plutôt épicé !!

 

 

 

Elie

« Maps.me » contre l’univers (Osh – Bishkek)

Après un mois d’attente des visas chinois et des pièces de rechange à Osh, c’est plein d’enthousiasme que je me remets en route pour Bichkek avec en tête des interrogations. Avion, Transsibérien, visa chinois à Astana ? Par quel moyen vais-je rejoindre l’Asie du Sud-est ?

Premier jour et déjà première rencontre dans le champ où je veux planter ma tente. Un jeune Ouzbek m’invite chez lui. Une fois à la maison, les 2 neveux 2 et 3 ans de l’homme qui m’a invité m’appellent « ata » (papa en ouzbek) en me voyant, car leur père travaille à Moscou et ils n’ont pas de souvenirs de lui. C’est donc la grand-mère qui prend soin d’eux comme dans beaucoup de familles au Kirghizstan.

 

Le lendemain, je rencontre Birgit sur la route, une cycliste d’origine sud-africaine et allant dans la même direction, nous décidons de faire un bout de chemin ensemble.

Nous choisissons de prendre un « raccourci » passant tout droit dans la montagne, que mon application GPS appelée Maps.me (utilisé par tous les cyclistes) m’indique plutôt que de continuer sur la route principale beaucoup plus passante. Nous nous disons que cela sera plus rapide et plus joli.

Alors commencèrent les « signes » nous avertissant de ne pas poursuivre par ce raccourci indiqué par Maps.me, j’appelle cet ensemble de signes « l’Univers ».

Le premier de ces « signes » est donné par un vieux pompiste de station-service nous indiquant que dans la direction que nous prenons, « Bichkek niet… ». Et ce ne fut que la dernière personne à essayer de nous dissuader, mais ayant toute confiance en notre carte, nous continuons avec notre plan initial.

Le second jour sur la route de ce « raccourci », un chien tente de me retenir en agrippant (et déchirant) une de mes sacoches. Heureusement Birgit a certains talents de couturière et me la recoud.

Nous nous perdons dans les montagnes en suivant notre carte. Nous finissons sur des sentiers de chèvres et poussons nos vélos pour rejoindre le versant opposé.

 

Nous plantons nos tentes pour une nuit pluvieuse. Et au matin nous nous réveillons au milieu d’un troupeau de moutons. Les sympathiques sentiers de la veille se transforment en enfer pour cycliste. La boue se colle en paquet entre les freins les roues et les garde-boues. Il faut alors s’arrêter tous les 20 mètres pour l’enlever. Et c’est donc après 3 heures de poussée dans la boue pour faire 4 km que nous atteignons un pont, la dernière épreuve avant la route faite d’asphalte.

La route est plus simple maintenant. Nous atteignons le dernier village avant la route principale 50 km et une passe à 3200 m plus loin. Nous y sommes accueillies par une grand-mère vivant avec ses petits enfants (à nouveau). D’abord un peu méfiantes, nous sommes rapidement adoptées grâce à mes rudiments de russe.

Mais au matin, alors que les chiens, la pluie et les avertissements des Kirghiz ne nous avaient pas arrêtés, la neige qui tombe met fin à nos derniers espoirs de pouvoir passer le col à 3200 m (sachant que nous ne sommes qu’à 1500 m environ).

Heureusement, l’univers est miséricordieux, nous embarquons dans le camion du fils de notre maman d’adoption qui part vendre une de leur vache à la foire aux bestiaux du coin. C’est donc un retour de presque 4 jours en arrière.

 

Après ce détour dans les montagnes, l’univers nous doit quelques kilomètres et commençons à faire du stop pour nous avancer de quelques dizaines de kilomètres. Nous passons alors au bord du réservoir de Tortogul.

Réservoir de Tortogul

Nous demandons au chauffeur qui nous a transportés jusqu’ici de nous déposer au col de ala bel. Après 70 km de montée savourés à travers la vitre du camion, nous pouvons descendre tranquillement en profitant du paysage. Birgit avait laissé ses gants à Osh car elle ne pensait pas avoir à nouveau froid après le Tadjikistan. Après 15 min de vent glacé, elle choisit de repartir en stop pour Bichkek (le premier camion qui passe s’arrête et l’emmène).

la neige recouvre le premier col alors que nous étions en T-shirt le matin même

Je campe donc seul au milieu de ce plateau devant le dernier col avant Bichkek. C’est la nuit la plus froide jamais expérimentée en tente pour moi. Mais je m’y attendais et le froid fut supportable grâce aux vêtements en laine et à ma cagoule.

au matin, le gel recouvre la tente

La plupart des nomades qui vivent en été sur ce plateau le quittent chaque année fin septembre à cause du froid. Je ne rencontre donc pas grand monde en ce début d’octobre.

Il reste encore quelques personnes vivant sur le plateau

 

J’atteins le haut du col sous la neige en fin d’après-midi et mets mon vélo dans un camion pour passer le fameux tunnel que tous les cyclistes rencontrés sur la route m’ont recommandé de ne pas faire à vélo. Apparemment il est difficile d’y respirer à cause des gaz d’échappement.

Après une heure d’attente devant le tunnel, j’apprends qu’un accident y a eu lieu. Et le temps que le véhicule soit évacué, 5 heures passent et il fait nuit.

Tunnel soviétique sans ventilations.

Nous traversons enfin le tunnel et nous retrouvons dans un blizzard. Je n’avais jamais vu ça, le vent qui siffle en entrant dans le camion et la neige tombant à l’horizontale m’impressionne. Je suis alors bien content d’être à l’intérieur.

Je désenchante vite quand le camion dérape et s’enfonce dans un tas de poudreuse. Il faut alors sortir… Le vent est tellement fort que j’ai du mal à tenir debout et je ne peux pas y faire face car les cristaux de glace fouettent les yeux et le visage, il faut alors creuser devant les roues du camion. J’arrête une voiture puis une autre et grâce à la force de 10 hommes nous arrivons à tirer le camion hors de la neige. Je rentre trempé et gelé dans le camion. Et après 50 km de descente et 2000 m plus bas, il fait plus chaud. Je demande alors au chauffeur de me déposer ici et plante enfin ma tente alors qu’il est deux heures du matin.

J’atteins Biskek le lendemain et y rencontre d’autres cyclistes dont William et Jailen (2 frères originaires d’Aruba, une ile des caraïbes). Je n’y reste qu’une journée le temps de prendre mon billet d’avion d’Almaty pour Bangkok et d’essayer d’obtenir une carte bleue (jusqu’à présent nous en utilisions une pour deux avec Tizian).

Je prends mon billet d’avion le même jour que Birgit, William et Jailen et nous prévoyons de rouler ensemble en Thaïlande.

Cette étape fut assez compliquée d’un point de vue météorologique, mais j’ai beaucoup aimé devoir me battre contre les éléments ! Et puis je suis très content de pouvoir me familiariser avec l’appareil photo envoyé pour moi à Osh par Valentin.

 

Par Tizian

1969 : Soviet cars to sell

On the way to Bishkek I met Bektemir, he is car mechanic and repairs some old fancy cars, driven by the former Soviet elite.

 

Non classé

Day 412 : Osh and lot more (1)

Osh is situated in the Fergana valley, 300 km as the crow flies from Bishkek (capital of Kirgizstan).This city of 270,000 inhabitants is also called « capital of the South » of Kyrgyzstan.

Osh is a city where – as a traveller – you do not plan to stay for longer. Although it has a lot to offer even though it is not visible at first sight. Belong other things it will surprise you by its diversity. (47.9% were Kyrgyz, 44.2% Uzbeks, 2.5% Russians, 2.2% Turks, 1.1% Tatars and 2.1% other nationalities according to national statistic in 2009). Second largest city of Kirgizstan. Osh is globally known for the inter-ethnical clashes between Uzbek and Kirgiz people that occurred in 2010 where around 500 people tragically encountered death.

As I am interested in the topic living together in diversity, I focused on how that happened and why it did not happen before. To discover this I interviewed different people. Particular interesting was the one with Nazira* and her daughter, Aida*. They respectively defined themselves as Uzbek for the mother and Kirgiz for the daughter. This is partly linked to a heritage of the Soviet Union administrative system, in which a strong brotherhood ship ideology was cultivated and partly linked to the more traditional Kirgiz culture.

Indeed during soviet times there was a difference between nationality – defined by the ethnicity and the citizenship. “We were all equal. All brothers and sisters. I could travel to Moscow and I would easily find some people to help me out, nowadays it’s different” is telling me Nazira.

After the collapse of the Soviet Union every independent state is creating its national state and national feeling.  It is often characterised by the creation of strong national symbols and a national history based on an old heritage. The memory of a dethroned empire, glorified and mystified. The processus of creating a national state is often ethnified, and based on the legitimacy that they represent the majority of the fellows in the country. It means that the government somehow define two categories of citizens, for instance the real Kirgiz with a Kirgiz citizenship and the second zone citizens the ethnical minorities Uzbeks, Russians, Tatars, Germans. These minorities are discriminated in term of access to higher political spaces, or to find an employment in some specific sectors, but also on a symbolic way respective to their culture seen as non Kirghiz.

As Nazira married a man from a Kirgiz family and get children with him, her children are considerated as Kirgiz too, according to the traditional laws. Nevertheless, at home there is a big Uzbek cultural influence with the food or the music explains Nazira to me. While growing up my children were facing indirectly the conflict between Uzbek and Kirgiz people, then they asked me “Mom why can’t we be both? Why can’t we be metis ?”. Here the etymological sense in ancient Greek of metis makes all it sense: smartness/ advice

Multi-ethnic families are in my opinion a great example of tolerance and comprehension as a ideal for the two neighbour countries to follow nowadays. During my stay the president of Uzbekistan visited Bishkek for the first time in seventeen years, a few days later the border between Uzbekistan and Kirgizistan called Dostouk / Dostlyk (meaning friendship respectively in Kyrgyz and Uzbek language) 5 kilometers far from Osh has been reopened after seventeen years.

This is a huge and positive step for families torn by a border than does not make sense at all. It also allows the replacement of smuggling by a more official trade.

A good evolution is in perspective !

*names are changed

Par Tizian et Elie

Jour 396. 10236km. Enquête d’identité reprend son souffle.

 

Celà fait plus d’un an que l’aventure a commencé . Un peu plus d‘un an que nous poursuivons ce rêve. Le cul vissé sur la selle, la tête dans les nuages. Un peu plus d’un an pour arriver au Kirghizistan, un pays que nous n’aurions pas su situer sur une carte il y a quelques mois .

Le retour de Valentin en France nous a laissé une vive impression de solitude. Un goût amère sur les lévres. Valentin, notre compagnon de route, notre ami, notre frère d’ésprit a toujours été un élément moteur de notre projet, que celà soit par son implication sans limites, sa patience ou par sa volonté qui porte, qui emporte et qui vient du coeur.

C’est en ces temps difficiles, avec plein de questions en tête, que nous sommes arrivés à un point de transition géographique. Nous nous apprétons à passer du dernier pays de l’ex-union soviétique de notre voyage, à la Chine, l’asie du sud-est et l’Australie.

 

Plateau de la Bartang Valley 4000m Altitude

 

Ces mois de traversée de l’asie centrale furent intenses pour chacun d’entre nous, nous occupant à vivre l’instant présent plutôt qu’à le passer dans les rares points d’accès internet que nous croisions afin de partager nos expériences. L‘environnement parfois inhospitalié, allant des 50 degrés des déserts kazakhstanais et ouzbek, aux froides nuits neigeuses des hauts plateaux du Tadjikistan furent souvent compensés par l’hospitalité des individus y habitant.

Désert du kazakhstan

 

Nous attendons actuellement nos visas chinois et les pièces de rechanges pour nos vélos malmenés par les pistes. Cette pause nous permet de prendre un temps de réfléxion dont nous avons besoin.

Entre autre nous voudrions nous recentrer sur le partage de notre aventure de tous les jours en créant des articles sous un format de blog. Nous voulons partager un contenu plus diversifié (vidéo, rencontres, photos , créations…) plus régulièrement . Pour celà, notre site internet est en rénovation et vous serrez informés à la fin des travaux.

Nos pensées vont à toutes celles et ceux qui nous soutiennent, nous suivent et tout particulièrement à Valentin.
Nous sommes de tout coeur avec lui.

Elie & Tizian