De la quête à l’enquête

D’abord un rêve…

«La fonction propre de l’Homme est de vivre, non d’exister. Je ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie. Je veux brûler tout mon temps.»

Jack London     

Cette citation de London décrit assez bien l’un des sentiments qui nous ont poussés à nous mettre en selle. L’envie de vivre notre liberté, de croquer notre jeunesse à pleine dent, attiser ce feu qui brule en nous, assouvir notre soif de découverte et d’aventure, tenter de comprendre, ou tout du moins se questionner. Une quête de sens dans un monde complexe. Vagabonds avides de savoir et d’absolu nous prenons une route qui nous mène à nous interroger sur le sens de ce monde et de nos existences…

C’est également l’opportunité de s’ouvrir à la vie et aux autres, partir à la rencontre du monde et des êtres humains qui l’habitent, découvrir différents modes de pensée, différents chemins et d’autres alternatives à celle que l’on nous présente comme unique aujourd’hui. Une curiosité intarissable qui nous pousse toujours à aller de l’avant, aller voir ce que couvre l’horizon, ce qui se cache derrière la montagne, ce que dissimule l’autre rive, voir ce qu’il y a « là-bas ».

«Nous partons en voyage de noces avec le monde»

Ensuite un projet…

Du voyage personnel au projet de société :

Nous, jeunes et naïfs, sommes interpellés par les nombreuses problématiques auxquelles notre société semble être confrontée telles que la crise économique, l’urgence environnementale, la crise démocratique, un système qui génère de la violence, les individus réfugiés, la montée du nationalisme politique et de la xénophobie, le creusement des inégalités… Autant de symptômes qui semblent être révélateurs d’une société malade. Une société où les valeurs individualistes, la compétition et l’intolérance laissent parfois à penser qu’ils ont pris le pas sur l’altruisme, la coopération et la compréhension mutuelle. Un mode de société qui nous pousse à nous ériger les uns contre les autres au détriment du vivre ensemble.

Nous percevons les causes multiples de ces symptômes mais il n’est pas aisé de faire les liens entre les différents éléments dans ce vaste système.

Citoyen du monde et enfant de ce nouveau siècle nous avons le sentiment d’être les rouages d’un vaste système en panne. Un système grippé, rouillé, auquel, en tant que jeune, on nous demande d’adhérer et dans lequel il nous faudrait trouver notre place. Mais nous sommes convaincus que cet état de fait n’est pas inéluctable et que tout le monde peut être acteur de la société dans laquelle il évolue.

«La seule manière de rendre le monde meilleur est de s’attacher à être bon en soi et autour de soi.»

Sylvain Tesson

Un sentiment de responsabilité s’éveille en nous, l’envie de faire bouger les lignes, de rebattre les cartes, devenir acteur du présent, mais aussi de notre futur. Nous nous mettons alors à la recherche d’un itinéraire bis… 

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Comment ?

3 copains, 3 vélos, 3 ans de voyage :

Partant du constat d’un désordre global, nous avons décidés de suivre la trame, du  vaste concept qu’est le «vivre-ensemble», pour tenter de démêler ces problèmes. Une sorte de fil d’Ariane guidant notre réflexion dans le labyrinthe de ce monde complexe.

Ainsi nous avons décidé de ralentir le rythme, de prendre du recul et partir arpenter le monde pendant 3 ans afin de réaliser un film documentaire. En décembre 2015 nous avons donc créé l’association Enquête d’identité, nous avons apprêté nos petits rennes, en récupérant des pièces à droite et à gauche, cassé nos tirelires pour acheter le matériel audiovisuel nécessaire au tournage du film, démarché les collectivités locales et mis sur pied une campagne de financement participatif afin de boucler le budget nécessaire au voyage. La voie de l’alternative commence là aussi, en refusant les sponsors nous souhaitons conserver une cohérence dans notre projet, et ne pas servir les intérêts d’une entreprise issus d’un modèle économique que nous critiquons et que nous rejetons. On a ensuite enfourché nos bécanes, embrassé nos mamans et mis le premier coup de pédale le 6 aout 2016 pour quitter Le Mans sur les chapeaux de roues.

Nous parcourrons environ 30000 kilomètres, en équilibre sur le fil de la route, chevauchant nos fières bicyclettes. Tout au long de notre quête, caméra au poing, cœur sur le guidon, nous faisons la lumière sur des projets qui nous paraissent répondre à la vaste thématique du vivre ensemble, mettant en avant les valeurs de coopération, d’altruisme et de tolérance. Mais aussi en allant à la rencontre des minorités ou des oppressés, afin de tenter de comprendre leur position au sein de leur société. Simples passeurs de points de vue, nous tentons le mieux que possible de rapporter les bribes d’histoires des individus que nous avons la chance de rencontrer.

C’est en tentant de réintroduire un peu de contemplation dans le quotidien de chacun que nous espérons faire émerger le respect dû à tout être et à toute chose. Par ce fil que nous tendons entre ces bouts d’humanités, nous nous attaquons à cette thématique complexe et essentielle qu’est celle du vivre ensemble dans la diversité. Ainsi, peut-être, pourrons-nous à travers notre film et notre expérience, contribuer au dépassement de la peur de l’autre, mettre à mal nos habitudes de penser ethnocentrées et stigmatisantes.

 

L’équipe

Le trio c’est avant tout une complémentarité. Une trinité généreuse d’imperfections, ce sont nos différences qui font notre richesse et les atouts de l’un font les atouts du groupe.

Valentin

Comment part-on réaliser un documentaire sur le «Vivre ensemble»en effectuant un tour du monde à vélo?

Vous vous imaginez bien que je ne me suis pas réveillé un matin en me disant : « Tiens,ça serait cool ! »

Tout d’abord il y a cette curiosité intarissable : pourquoi, comment, quoi, qui, où… ? Des milliers de questions qui se bousculent, une soif insatiable de découvertes. Curieux de tout, j’aime à comprendre les mécanismes en œuvres. Il faut que je touche, que je démonte, que j’assemble, que je comprenne.

Ensuite il y a l’aventure, l’envie de partir, aller voir ce qui se passe ailleurs, explorer, découvrir, l’appel de la route en somme ! Cette existence voyageuse qui est une source perpétuelle de stimulation pour l’esprit.

Puis c’est également l’indignation qui a été un facteur déterminant dans l’entreprise de ce projet, tant d’inégalités qui subsistent, d’injustices qui sont perpétrées. Le sentiment d’être coupable passif de cet état du monde.Il fallait que je concrétise mes convictions dans des actes et essayer à mon échelle de « devenir acteur du présent et artisan du futur ».

 

Alors voilà, on commence à rassembler ses idées, ses envies, on s’entoure de 2 bons copains et puis on se lance dans l’aventure. On part, généreux d’imperfections, on essaye, on bricole. Parfois sa casse, parfois sa passe, l’essentiel c’est de rebondir et d’apprendre de ses erreurs. C’est un véritable saut dans le vide ! Je n’étais pas un brillant réalisateur (et ne le suis toujours pas), mais on y travail, je n’avais aucune idée de comment réparer un vélo, mais on apprend, je ne sais toujours pas comment cuir le riz au camping-gaz… mais ça on verra plus tard.

 

Par ce voyage, j’ai le souhait d’aller à la rencontre de ces autres, de ces alternatives, de cette multiplicité qui fait la richesse de l’Humanité. Il me semble nécessaire que chacun prenne conscience de cette richesse immatérielle qu’elle représente.

À ce titre, je vois le documentaire comme un moyen de sensibiliser un large public à ce genre de problématiques. Il serait prétentieux et absurde de penser que nous rapporterons dans nos sacoches une solution à cette vaste thématique qu’estle« vivre ensemble ». Mais je pense que notre projet est un bon moyen pour que les gens s’interrogent sur ce sujet.J’aime bien utiliser la métaphore de la graine pour expliciter ça. Imaginezvous planter une graine en terre. De multiples facteurs influenceront ou non sa sortie de dormance, et malgré tous vos efforts d’arrosage, de désherbage, vous ne pouvez pas savoir à l’avance si elle donnera une simple pousse ou bien un grand arbre majestueux. Mais si vous ne l’aviez pas plantée, peut-être n’aurait-elle jamais eu l’opportunité de s’épanouir ici. Pour moi entreprendre ce voyage, partager autour de notre projet c’est un peu comme planter des graines. Amener un questionnement sur ce vaste sujet qu’est le « Vivre ensemble », et espérer qu’un jour ces graines germent en quelques endroits.

 

Si je ne suis qu’une goutte dans l’océan alors je souhaiterais être une goutte d’encre.

 

 

Elie

Mon identité, c’est d’abord un environement plutôt qu’un lieu, ce sont mes grands-parents ingénieurs de formation, qui ont décidé de s’installer dans un milieu rural pour travailler la terre avec les chevaux, c’est dans ce cadre-là que j’ai appris qu’il ne fallait pas avoir peur de faire un choix atypique et qu’il fallait avant tout respecter ses envies.

Aujourd’hui pour me définir je dirais que je suis de nature calme et réservé avec une touche d’humour qui va bien, mais ce caractère se transforme du tout au tout quand il y a du challenge, que ce soit autour d’un jeux de société ou un sport. Enfin j’ai un esprit assez logique, j’aime comprendre comment fonctionne les choses, de l’émotion humaine aux plaques tectoniques, c’est ce qui anime ma curiosité.

Avec Tizian on se connait depuis plus de 16 ans, le jour de mon 22ème anniversaire il m’appelle depuis Berlin, après quelques banalités on en vient à ce fameux voyage, à la fin de la discussion il me propose de partir avec lui. Valentin s’ajoute à l’équipe peu après.

Ce voyage autour du monde s’est relevé être un défi pour moi. J’ai hésité pendant quelque temps en me demandant si j’allais supporter ce déracinement… C’est alors que je me suis souvenu d’une situation similaire lors de mon voyage en Asie du Sud-est. Il s’agit de l’appréhension qui m’à saisie quand j’ai pris le taxi de l’aéroport pour me rendre à Bangkok. « Comment vais-je réussir à me débrouiller sans connaître personne dans une aussi grande ville ? ». Et finalement, le voyage s’est déroulé presque sans y penser. Le premier pas semble le plus difficile à faire.


Je me pose des questions quant à mon avenir. J’ai déjà tenté une fac de géologie et étudié pour obtenir un diplôme d’informatique mais plutôt que de continuer à avancer à l’aveuglette, j’ai préféré mettre mes études en pause pour le moment . Ce voyage semble un excellent outil de réflexion. J’en apprend beaucoup sur moi en même temps que j’en apprend sur beaucoup d’autres choses.

Tizian

Moi, ça part dans tous les sens, d’un trop-plein de curiosité, je suis une personnalité circulaire où il n’existe pas de hiérarchie, j’ai des projets plein la tête et enquête d’identité incarne l’engagement dans un projet qui me tient à cœur. Et que je mènerai au bout.

C’est avant tout le rapport à l’identité qui me passionne. L’inégalité vis-à-vis du simple fait que notre passeport soit Européen et qui nous octroie un certain nombre de privilèges dès la naissance. Une inégalité intrinsèque qui définit les rapports entre les pays du nord et les pays du sud, intimement lié à la notion d’oppresseur et d’opprimé.

On a tendance à assimiler l’identité à un pays d’origine, comme s’il existait une identité profonde dans chaque pays à laquelle on appartenait. Souvent on me pose la question : « Tu viens d’où ? », à laquelle je réponds : je suis né à Berlin, j’ai grandi dans sa banlieue, puis à Buenos Aires, enfin dans la campagne du Mans. Cependant, mes parents sont Argentin-Allemand et Iranien.

 

Le « cependant » laisse sous-entendre le conflit, l’exclusion de la possibilité d’une multi-identité, telles deux entités figées qui s’entrechoquent. Ainsi je porte la complexité de l’identification culturelle en moi. Je pense néanmoins que cette complexité réside en chacun d’entre nous, et qu’elle prend des allures plus ou moins marquées en fonction qu’elle soit associée ou non à des frontières géographiques ou idéologiques. Il me semble que ce sont les individus porteurs de conflits, qui doivent encore plus que les autres incarner le « trait d’union » entre les identités, ouvriers du pont du dialogue interculturel.

Le documentaire que nous souhaitons réaliser, pourrait être symbolisé par la pierre que nous souhaitons apporter à ce bel édifice appelé vivre ensemble.